Ligne 14, un décor plus que futuriste, une architecture moderne pour une ligne de métro récemment mise sur pieds. Train automatique digne des dernières technologies, sans chauffeur, rapide et efficace. Portes en verre pour bloquer l'accès aux rails afin d'éviter quelques drames. Rien dans cette station n'a été oublié. Un peu comme dans un film de science fiction, le métro arrive, les utilisateurs s'avancent vers les portes. Ces dernières s'ouvrent, les voyageurs descendent et les autres finissent par rentrer. Petit regard rapide autour de soi, c'est immense. Plusieurs wagons, un seul couloir.
Un siège libre, pourquoi ne pas s'asseoir. Je t'invite à t'installer à côté de moi et à observer. Nous sommes dans le dernier wagon. Ma main glisse sur ton visage et détourne tes yeux de ce flot de monde, elles fixent ton regard sur les rails, ceux sur lesquels le métro roule. Tu te retournes brusquement en me demandant ce que je souhaite te montrer. Je ne demande qu'une chose : t'éclairer. Par conséquent, je t'invite à attendre. Quoi ? Un peu de patience. Les portes se ferment, tu vas voir. Ce ne sera plus très long. Une fiction tirée des sciences, la machine s'avance et s'enfonce dans l'ombre, ce qui autrefois faisait office de station reste dans tes yeux comme un point éclairé, jusqu'au virage suivant. Un mystère te dis-je. Nous sommes maintenant dans la pénombre et tu promènes ta vue périodiquement sur les petites lampes fixées aux parois du tunnel. Tu comptes y voir l'infiniment grand, et tu n'y vois que l'infiniment petit.
Une impression et une sensation s'emparent de toi. Tu ne balises pas, mais tu as du mal à te faire à l'idée de vivre sous terre, dans ce monde éloigné. Que ressens-tu ? Finalement pas grand chose, tu es vide de tout sensation, tu te laisses porter par cette machine, celle qui t'emmène quelque part. Tu suis le flot puis te détourne vers les personnes assises à ta gauche. Entre temps, ton regard se porte avant sur ta vitre, tu y reconnais ton reflet légèrement déformé. Est-ce là la vision des choses ? Une réalité induite de tout réel.
Une dame assise sur la gauche te sourit, elle vend des fleurs, t'en propose, tu refuses. Tu viens de gaspiller ta monnaie aux guichets pour avoir ton billet. Elle se retourne brutalement vers toi, t'insulte de rapiat, belle scène, en plein métro. Une technique consistant à te mettre dans l'embarras. Personne autour de toi ne semble remarquer la scène, excepté moi qui te demande de regarder ailleurs et de faire comme-ci rien n'existait. La technique marche, tu te sens mieux, la fille qui venait de t'interpeller vient d'ailleurs de descendre. Nous discutions puis je te demande de te retourner. Observe dans le reflet derrière moi, les images des nouveaux voyageurs.
Un beau garçon monte, il est bien habillé, son nez fin, son visage soigné, ses pores de peau impeccablement entretenues, son sourire remarquablement charmeur, ne te laisse indifférent sous son jeu de séduction. Je détourne mes yeux pour regarder ailleurs, pas l'envie d'être ennuyé par une quelconque interprétation. Les tiens ne se décrochent visiblement pas, tu restes fixé. Il t'observe, et sourit. Incapable de savoir pourquoi, peut-être ne vaut-il mieux ne jamais connaître les raisons.
Ton rêve se termine là, je t'accroche le bras et ensemble nous sortons du métro. Tu n'as pas eu le temps d'échanger ton numéro de téléphone. Allez souris, c'était la station en question, nous ne pouvions pas aller plus loin. Puis de toute façon, à peine descendu, je t'en montre un autre et tu décroches de suite ton regard du dernier amant.
Tu sais autant que moi, que dans des lieux aussi visités, à chaque fois que tu iras quelque part, tu tomberas amoureux.
- Dédicacé à une amie.